INTerview Artbeating

Publié le par INTimes

 

Lancé en Novembre 2010 par Moxidea SARL, Artbeating.com est un service né de deux constats :

•          d'un côté les entreprises n'ont jamais autant eu besoin de faire appel au design pour se démarquer de la concurrence,

•            de l'autre les jeunes designers manquent cruellement de visibilité auprès des recruteurs et clients potentiels afin de se faire un nom.

(extrait de la présentation du site Artbeating.com)

 

Il était temps de donner la parole aux heureux vainqueurs du Challenge « Projet d’entreprendre » 2010.

L’équipe emmenée par Romain Lauwerier, le directeur général issu de Télécom Ecole de Management, est composée d’ingénieurs et de managers, qui ne se limite pas à notre campus :

            -Martin Houdbine, Directeur Financier, TEM

            -Charles-Eric Gorron, Directeur des Systèmes d’Informations, TSP

            -Mathieu Lima, Directeur Multimédia, TSP

            -Hugo Lepetit, Développeur informatique, ENSIIE

 

 

INTimes : pourquoi Artbeating ?

 

Martin : Pourquoi Artbeating ? on va expliquer un peu le nom, ca vient de « heart » le cœur, et « beating » pour battre, mais là on joue sur le mot Art qui donne au lieu d’un « battement de cœur », un « battement de l’art ».

 

INTimes : donc en fait le principe d’Artbeating c’est quoi ? C’est quoi votre produit, quel est votre service ?

 

R : alors concrètement Artbeating c’est une plateforme Web de mise en relations entre des designers et des entreprises. Ce qu’on offre comme service, c’est que l’on propose aux entreprises de venir chercher de nouveaux concepts en matière de design, en organisant des concours auprès des étudiants.

Ce sont des concours dans différentes domaines tels que la communication visuelle, le design de produit, la mode, ou encore l’animation vidéo.

Ensuite, deuxième service que nous proposons, c’est du recrutement, c’est à dire qu’une entreprise peut, sur notre site, venir soumettre à la communauté de designers des offres de stages ou d’emplois pour recruter en interne, ou elle peut venir sur la plateforme chercher directement des freelances pour travailler sur des projets bien définis.

 

INTimes : et d’où vous est venu l’idée de partir sur un sujet pareil qui est quand même en dehors des sentiers battus de l’école, puisque, on reste une école de télécoms et même si on fait un peu de Photoshop ou d’animations ici, penser aux industries graphiques ou au design, c’était pas forcément inné. Qu’est ce qui vous a amené à vous attaquer à ce genre d’étudiants là ?

 

Charles-Eric : C’est une idée qui a beaucoup évolué, en fait. Au départ c’était une idée de Romain qui voulait faire juste une plateforme pour mettre en relation des artistes de la musique et des artistes designers et autres, et au final c’est une idée sur laquelle on a pas mal tapé pour la faire évoluer jusqu’à maintenant.

Après pour ce qui est du design, on touche tous plus au moins à Photoshop, au webdesign, etc…Donc c’est un point qui nous intéresse et nous motive.

 

Martin :Ca a pas mal évolué surtout depuis le concours du Petit Poucet.

 

INTimes : Quand est ce que vous avez vraiment commencé à composer le projet, parce que ça date de bien avant le Challenge (à Romain) toi, tu avais déjà l’idée en 2009.

 

R : Pour retracer l’historique, moi je suis passionné de musique (Directeur antenne d’Evryone 2009-2010 NDLR), donc la plateforme à la base, c’était pour aider les artistes musicaux en les mettant en relation avec des graphistes, des photographes, pour faire du contenu lié à la musique. On a réuni l’équipe pour bosser sur le concours du Petit Poucet, on a été finaliste en Janvier, on a fait l’erreur typique des jeunes créateurs d’entreprise qui ont une idée qui plaît à tout le monde, et où tout est plus ou moins gratuit, le fait est que pendant cette finale, on s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas d’argent à faire via le business model qu’on proposait.

Et c’est là qu’on a appris, en discutant avec des membres du jury, que le marché du design était excessivement porteur, et du coup on est allé sur le terrain faire une étude de marché pour s’en rendre compte nous même. Aller visiter une école de design, c’était assez fantastique.

C’était avant le Challenge, en janvier on s’est plus orienté sur le marché du design, et après pendant deux mois, on a confronté notre concept avec le marché.

 

INTimes : Vous étiez déjà l’équipe actuelle ?

 

Mathieu : l’équipe était différente avant le Petit poucet, elle a évolué, personnellement j’ai intégré l’équipe fin janvier. Elle a ensuite évolué juste avant le Challenge, Hugo, qui est de l’ENSIIE, pas de cette école donc, a intégré l’équipe. Après le Challenge, l’équipe a encore changé, c’est Perrine qui est partie, on a évolué à toutes les étapes du projet.

 

INTimes : et alors, qu’est ce que ça fait de gagner le Challenge ?

 

Mathieu : ah merde, on a gagné ?

 

Martin : ça ouvre les portes de l’incubateur, surtout.

 

Romain : pour être honnête, ça soulage, quand on travaille sur un projet depuis longtemps, ca soulage d’avoir enfin réussi à rentrer dans l’incubateur.

 

Martin : ça confirme tout le travail que l’on a fait, et étant donné que y’a pas mal de monde qui était au courant de ce qu’on faisait, ca permet d’avoir un peu de crédibilité d’avoir au moins été dans les finalistes du Challenge, on était soulagé de voir le résultat de notre travail.

 

INTimes : et vous pensez que vous avez été un « rouleau compresseur » pendant le Challenge grâce au Petit Poucet ou grâce au travail effectué sur tout le projet ?

 

Martin : Les deux.

 

R : Beaucoup de gens s’imaginaient qu’on avait déjà le business plan de rédigé quand on est arrivé au Challenge, le fait est qu’on avait absolument rien rédigé. Le seul avantage qu’on avait par rapport aux autres équipes, c’est qu’on arrivait avec un projet qui était mûr.

Dans le sens où nous on se posait plus de questions. On n’avait juste à mettre sur papier ce que l’on avait dans la tête, là où pas mal d’équipes ont perdu pas mal de temps à remettre en question le projet, et à répondre à leurs premières interrogations.

On était beaucoup plus efficace.

 

Martin : Disons qu’il y’a quelque chose qui est assez connu, c’est que quand vous avez une idée, 6 mois après elle est totalement différente. Notre avantage c’est qu’on avait déjà passé ce stade d’avoir une idée et de la changer complètement. Après on a dû le réadapter au Challenge, mais on avait une avance considérable sur les gens qui trouve leur idée un Vendredi soir et qui doivent rendre leur business plan le Vendredi suivant.

 

INTimes: Et alors qu’est ce que ça fait d’être entrepreneur ?

 

Martin : C’est plutôt sympa. L’avantage principal, c’est que nous décidons de faire ce que l’on veut. D’un côté on a des responsabilités et on peut compter que sur nous, de l’autre on a pas trop de limites par une hiérarchie.

 

R : Je pense que c’est surtout du plaisir, on a tous été associatifs, on a tous été perdants, on a perdu une campagne BDE, une campagne ASINT, et ce qui fait qu’on a pris l’habitude de travailler ensemble.

 

Martin et Mathieu :  et des fois on a perdu les deux campagnes !

 

R : On a l’habitude de s’investir dans des projets qui nous tiennent à cœur, c’est le plaisir d’être passionné. On a des cours de management, mais là gérer une équipe de gens responsables, autonomes et passionnés, c’est pas du management, on avance et puis c’est tout.
Après, je pense que c’est un rêve. Pour chacun d’entre nous, être jeune entrepreneur ça a des petits avantages qui sont assez agréables. Aller à la banque, à la Poste et passer devant tout le monde, c’est idiot, mais c’est assez déroutant. En fait moi je me dit, quelqu’un de 40 ans qui monte sa boîte, ça paraîtrait presque normal, être un jeune de 21 ans, c’est pas normal, donc du coup, on en est conscient et on a envie de montrer que c’est possible.

 

Martin : on a toujours papa et maman qui suivent derrière, certes, ca nous permet de passer un an en « off ». Au début, tu ne peux pas te verser un salaire dés le premier mois, l’avantage d’avoir les parents en soutien, c’est qu’on est encore étudiants, on est sur le campus.

 

INTimes : Et il y a des gens qui ont pas gagné le Challenge et qui incubent aussi, comment ca se passe ?

 

Martin : Ce que permet le concours, si tu arrives premier, c’est d’avoir ta place à l’Incubateur, et pas d’aller la chercher. L’incubateur a plus de 200 dossiers par an, il n’y en a que 10-15 qui passent, donc avoir déjà sa place, c’est une sécurité.

 

R : Pour quelqu’un qui a un projet, l’incubateur attendra toujours le Challenge, parce que c’est là qu’on fait nos preuves. Quelqu’un qui a un projet peut avoir un bureau à l’incubateur, après la véritable incubation, c’est un contrat de 6 mois, deux fois renouvelable, où il y a des coachs, un comité stratégique, une aide financière.

 

INTimes : Et vous êtes déjà dans cette partie là ?

 

R : ça arrive peu à peu, ce sera pour début 2011. En fait il y a incubation et incubation, si quelqu’un a un projet et veut travailler dessus, ici il y a l’infrastructure, pour savoir où aller le matin, et on est entouré d’autres entrepreneurs. Après la véritable incubation c’est un peu plus long et il y a moins d’entreprises qui y arrivent. Certaines entreprises n’arrivent pas jusqu’à la deuxième phase de l’incubation.

 

INTimes : Comme vous dites, vous êtes avec d’autres entrepreneurs, et ca se passe comment, vous vous entendez bien, vous échangez des tuyaux ?

 

Charles-Eric : ça dépend des Start-up, il y en a qui sont un peu plus vieilles, beaucoup plus avancées comme Ubicast ou MulteeGaming qui nous donnent des conseils. Après il y en a d’autres qui sont à notre niveau, avec qui on a passé un week end à Troyes en Novembre, on échange des expériences, des idées.


Martin : Ce qui est important, c’est de ne pas être isolé quand on a une question conne sur un aspect légal, comptable, à qui faire confiance, on va au bureau d’à coté, on toque car ils se sont tous trouvés au moins une fois dans le même cas que nous. Ce sont le genre de petites formalités qui te tue si tu es tout seul dans ton coin.

 

R : C’est exactement ça , on bénéficie de l’expérience des autres. On contacte la personne de la part d’untel et tout va très vite, c’est surtout rassurant.

 

INTimes : Et alors vous en êtes où, c’est quoi l’actualité d’Artbeating, depuis que vous avez gagné (avril 2010 NDLR) ?

 

Martin : On est rentré dans les locaux mi-juin, là on s’est attelé au développement de la plate forme, et à la création de la société, la recherche des premiers clients. Donc du coup on a créé la société le 03 Novembre. On a des clients avec qui on est en contact, on a rien signé, on commence les concours avec les entreprises en février prochain.

Là on a lancé le site web, on est en dans la version béta publique.

 

R : Artbeating a été présent dans les écoles de design. On va dans les salons de formation, et directement dans les écoles, auprès des étudiants confronter le projet. Ca aussi c’est quelque chose qu’on a appris ces derniers temps, on se dit facilement « les étudiants veulent ça » on se fait des études de marché cérébrales à nous 5.

Mais finalement on n’y connaît rien et le meilleur moyen de connaître son marché, c’est pas forcément de plonger le nez dans des dossiers de 200 pages, et partir de constat et d’idées préconçues. Si vous avez une idée, allez sur le marché, allez la faire démonter par vos clients.

Nous typiquement, on a choisi de sortir la plateforme  beaucoup plus vite, l’objectif c’est d’avoir rapidement une version qui marche, avec une première communauté de designers, et donc des premiers retours qui viendront très vite. Il vaut mieux se faire démolir dés le début pour affiner son offre, il faut pas avoir peur d’aller sur le marché, plutôt que de développer quelque chose qui va pas marcher, on a pas de temps à perdre.

 

Martin : pour l’idée, faut essayer de la confronter, pas directement à l’entourage, car ils ne vont pas nous donner de conseils objectifs, mais plutôt d’aller vers toutes les parties prenantes du projet, tes futurs clients, tes fournisseurs, les premiers acteurs. Un énorme moyen de confronter ton idée aussi c’est les concours, car directement tu sais ce que vaut ton idée.

 

R : avec Artbeating, on a fait sept concours depuis le début, on a eu la chance de bien s’en tirer à certains concours, mais même quand ça n’a pas marché, on en a toujours tiré quelque chose. Ne serait-ce que faire un dossier de concours, ça permet de répondre à des questions intéressantes, et puis qui reviennent fréquemment. Ca permet aussi de vivre des oraux, c’est un exercice dur mais formateur, quand tu défend ton projet devant un jury de 10 personnes, où on nous pose une question, on répond à coté de la plaque, on n’a pas l’air idiot.

Mais ca reste des souvenirs assez fantastiques.

Faire des concours c’est formateur, perdre le Challenge c’est pas grave, gagner le Challenge, c’est génial. En tout cas il faut être sur le terrain.

 

INTimes : et pour finir est ce que vous auriez voulu aborder un dernier point ? Un témoignage, un conseil ?

 

Martin : un conseil pour la création d’entreprise où pour le Challenge, prévoyez !

N’attendez pas la dernière semaine, plus tu t’y prends avant, mieux ce sera, et surtout ne pas négliger l’étude de marché, du moins la confrontation avec les clients.

 

R : je rajouterais, par rapport au gros cliché sur l’entreprenariat quand on est jeune, que sois disant on a aucune crédibilité et qu’on manque d’expérience professionnelle. C’est un fait, après sur le terrain, on le sent pas forcément, pourquoi parce que quand on est vraiment passionné par son projet, on apprend 10 fois plus vite, maintenant quand on a des discussions avec des professionnels du design, on tient la route.

Et puis surtout, les gens quand ils côtoient des jeunes entrepreneurs, ils sont plus souvent admiratifs, que sceptiques. Donc faut vraiment pas avoir peur.

Et pour le Challenge, pour nous l’enjeu était assez énorme, si vraiment vous voulez monter le projet derrière, soyez bien sûr de monter une équipe qui a la même optique.

L’an dernier, l’équipe du projet Karmawave, ils avaient un très bon projet, malheureusement, une fois le Challenge terminé, y’avait plus qu’une personne prête à porter le projet, ça n’a pas pu aboutir.

Y’a besoin d’un noyau dur si tu veux pouvoir incuber ton idée. Il faut avoir un minimum de 2-3 personnes prête à continuer le projet, c’est une condition de réussite.

Autour de nous, y’a plein de gens qui ne voulaient pas incuber quand elles ont vécu le Challenge, mais au final elles ont vécu une expérience incroyable.

 

Charles-Eric : Il ne faut pas oublier la petit carotte au bout du Challenge : une semaine aux Etats Unis à Virginia Tech et le concours international d’entreprenariat avec un gros lot de 25 000 dollars à gagner.

 

R : Grâce au fait d’avoir gagner le Challenge, on a de la crédibilité, déjà nous, ca nous rassure, ca rassure également nos proches, c’est plus facile après. Ca fait plus d’un an qu’on est sur le projet, en un an on a vécu des choses qu’on aurait jamais pu imaginer, même si on avait monté notre boîte à 40 ans.

Donc vraiment, si vous voulez vivre des choses vraiment exceptionnelles, l’entreprenariat c’est vraiment fait pour ça.

 

INTimes : Sur ces belles paroles, je vous remercie beaucoup Messieurs, et on vous donne rendez vous sur www.artbeating.com  !

 

Merci à Artbeating d’avoir répondu à nos questions et à Valentin Heid pour avoir mené et retranscrit presque dans les temps cet interview.

 

 

 

 

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