Le pari de l'associatif

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Résumé

 

Les temps sont rudes pour les associatifs, qui doivent sans cesse se justifier de leurs choix auprès de ceux qui pensent que la vie associative nuit à la réussite académique. On a entendu [DBA1] qu’à certaines exceptions près, les associatifs sacrifiaient leur réussite en cours à leurs réalisations dans le monde associatif.

Dans ce papier, nous proposons de classer les étudiants de première année selon leur type d’investissement associatif. La difficulté du problème réside dans le fait que les observations doivent se limiter à une population cohérente. Elles portent donc sur un nombre relativement faible d’individus, tandis qu’un grand nombre de paramètres intervient dans notre étude. Notre article repose ainsi sur une approche simple du problème, utilisant le nombre d’associations ou de clubs dans lequel un étudiant s’est inscrit. L’objectif de ce papier est de présenter des résultats statistiques relatifs aux liens entre cette mesure et la réussite scolaire des étudiants.

Dans un premier temps, nous ferons un bref panorama de la vie associative de notre campus, puis un état des connaissances. Nous exposerons alors la méthodologie utilisée pour cette étude et les résultats ainsi obtenus. S’ensuivra enfin une discussion sur ces résultats, leur portée et leurs implications.

 

 

Plan

 

Introduction

État des connaissances

Méthodologie

Résultats

Discussion

Conclusion

 

 

Introduction

 

Destinée initialement à faire oublier aux étudiants la vacuité de notre ville, la vie associative a connu sur notre campus une réussite certaine. Environ 60 clubs et associations (dénommées ci-après « associations » indifféremment) se côtoient et proposent des activités aux étudiants ingénieurs et managers, dans des domaines tels que l’humanitaire, la technologie, les médias, le sport, les arts et bien d’autres encore.

L’investissement associatif est totalement optionnel pour l’obtention d’un diplôme, bien que parfois rémunéré sous forme de crédits académiques. Une certaine part de la population étudiante choisit de ne faire partie d’aucune association au cours de sa scolarité (souvent dénommés péjorativement Nobod’IT, nous les appellerons ici « non-associatifs » pour ne pas les stigmatiser). En revanche, il n’est pas rare qu’un même étudiant intègre les équipes de plusieurs associations et s’y investisse en parallèle.

Cet investissement n’étant pas reconnu d’office dans le cursus scolaire, c’est autant de temps en moins que l’étudiant multi-associatif aura à consacrer à ses cours. De là part le préjugé, que nous examinerons, que les associatifs accuseraient de moins bons résultats académiques que leurs camarades non-associatifs. Ce sentiment, parfois partagé par les enseignants et la direction, s’explique en outre par le fait que les étudiants en situation de redoublement donnent parfois leur investissement associatif comme raison de leur échec.

Ce lien de cause à effet est-il avéré à l’échelle d’une promotion ? Plus généralement, l’investissement associatif entrave-t-il les performances scolaires ? Pour répondre à ces questions, nous considèrerons une population d’étudiants ingénieurs primo-entrants de première année (effectif N=184). Leur investissement associatif sera jugé sur l’année scolaire 2009-10, et leurs performances académiques seront évaluées en juillet 2010.

 

 

État des connaissances

 

i) Proportion de non-associatifs

 

Le Yearbook 2010 [YB10] est un ouvrage de référence pour les sociologues de notre campus. Bien que ses informations ne soient pas complètes (voir ci-après la « Gestion des non-réponses »), elles constituent une base de données solide qu’une simple enquête de terrain permet de compléter rapidement.

Cet ouvrage nous permet de connaître avec précision la proportion de la population étudiée qui a fait le choix d’être non-associative : elle est d’environ un quart (voir ci-dessous fig. 1 et tab. 1).

 

 http://img717.imageshack.us/img717/4640/66461559.png

Fig. 1

 

Nombre d’associations

Effectif

Proportion

0

47

26 %

1

33

18 %

2

37

20 %

3

30

16 %

4

23

13 %

5

9

5 %

6

3

2 %

7

2

1 %

Total

184

100 %

Tab. 1

 

 

ii) Associatif ou membre fantôme ?

 

L’inscription d’une association à côté du nom d’un étudiant dans le Yearbook ne signifie pas pour autant que l’étudiant en est un membre impliqué et assidu. Il existe des membres fantômes (aussi nommés « membres pipeau »), qui ne réalisent pas réellement de tâches au sein de l’association, et se contentent d’en adopter le polo, de badger à son local ou d’utiliser des facilités réservées à ses membres.

Les capacités en temps disponible de chacun établissent de facto un nombre limite d’associations dont un étudiant donné peut se prétendre membre [VH]. Nous verrons dans le paragraphe « Membres fantômes » en quoi ce problème n’est en fait pas gênant ici.

 

 

iii) Formulation de nos hypothèses

 

La pratique d’activités associatives sur notre campus doit rejaillir positivement sur les résultats scolaires des étudiants qui en ont un usage équilibré. On peut s’attendre à ce que les étudiants, lorsque ceux-ci sont classés par le nombre d’associations dont ils sont membres, fassent apparaître des différences de résultats scolaires entre certaines de ces classes (aucune association, une, deux, trois, etc.). Les clivages ainsi mesurés permettront de définir ce qu’est une pratique positive de la vie associative pour la réussite scolaire, par opposition aux types de pratiques qui ont tendance à avoir un impact négatif sur la scolarité.

 

Pourquoi se concentrer sur le nombre d’associations ? Techniquement, il s’agit de données facilement accessibles au chercheur. Mais il s’agit surtout d’une information sur laquelle repose une bonne partie de l’identité publique d’un étudiant sur le campus.

Au contraire, la réussite scolaire est une donnée plus privée, en ce sens qu’on la mesure par des notes qui sont confidentielles. Le fait de relier statistiquement cette réussite à l’investissement associatif peut avoir pour conséquence une modification de l’information disponible par tout un chacun sur une population donnée d’étudiants.

Alors que seule la direction, la scolarité et les délégués de promotion peuvent accéder aux données scolaires [PR1], un observateur qui ne connaît que l’investissement associatif d’une promotion pourrait estimer ses chances de réussite scolaire globale si nous trouvons en effet une corrélation entre ces deux types d’informations.

 

 

Méthodologie

 

L’étude a été menée en se servant de données confidentielles sur les étudiants, telles que leurs moyennes générales, leur nombre de passifs (ou modules de cours échoués), ou leur classement. C’est pourquoi les résultats présentés ici ne feront référence qu’à des chiffres globaux tels que des moyennes.

Les données concernant l’investissement associatif des étudiants provient en partie du Yearbook 2010 déjà cité, et pour le reste d’une étude de terrain complémentaire.

Une telle étude a un désavantage immédiat : elle ne peut déterminer aucune causalité entre les paramètres étudiés, bien qu’elle puisse révéler une corrélation.

 

 

i) Population étudiée

 

Cette étude cible la promotion précédemment citée d’étudiants ingénieurs primo-entrants, c’est-à-dire non redoublants. Le fait d’être redoublant est l’unique cause d’exclusion de la population étudiée.

Après ce tri, l’ensemble des individus comprend 184 étudiants. Les sujets sont de sexe masculin pour 68 % d’entre eux, et de sexe féminin pour 32 % d’entre eux (tab. 2).

 

Sexe

Effectif

Proportion

Masculin

126

68 %

Féminin

58

32 %

Total

184

100 %

Tab. 2

 

 

ii) Enquête de terrain complémentaire

 

Sur les 184 étudiants, 48 n’ont pas répondu à l’enquête primaire du Yearbook. Ceci nous a conduits à mener une enquête de terrain complémentaire, afin de connaître le nombre d’associations dans lesquelles les non-répondants se sont investis.

Après cette procédure de renseignement, les résultats sont assez peu surprenants. En effet, les non-répondants sont en moyenne investis dans 2,3 associations de moins que les répondants (0,3 contre 2,6). Comme le montrent la figure 2 et les tables 3 et 4, ces non-répondants n’auraient eu en majorité aucune association à déclarer.

 

http://img213.imageshack.us/img213/8569/70140663.png

Fig. 2

 

Type

Effectif

Proportion

Répondant

136

74 %

Non-répondant

48

26 %

Total

184

100 %

Tab. 3

 

Nombre d’associations / effectif et proportion

Répondants

Non-répondants

0

12 (9 %)

35 (73 %)

1

21 (15 %)

12 (25 %)

2

36 (27 %)

1 (2 %)

3

30 (22 %)

0 (0 %)

4

23 (17 %)

0 (0 %)

5

9 (7 %)

0 (0 %)

6

3 (2 %)

0 (0 %)

7

2 (1 %)

0 (0 %)

Total

136 (100 %)

48 (100 %)

Tab. 4

 

 

On peut donc expliquer le phénomène de non-réponse par la stigmatisation intériorisée par les non-associatifs, et qui les pousse à ne pas oser se revendiquer comme tels.

 

 

Résultats

 

i) Vue générale

 

Pour chaque étudiant de notre échantillon, nous avons donc trouvé à la fois des informations scolaires (moyenne générale, classement, nombre de passifs) et associatives (le nombre d’associations).

Le nombre d’associations nous a permis de créer des classes, pour lesquelles nous avons calculé la moyenne des données scolaires. Immédiatement, les classes concernant 4, 5, 6 ou 7 associations ont été fusionnées pour former une classe « 4 associations ou plus » d’effectif significatif et comparable aux quatre autres classes.

Ensuite, on remarque que les classes concernant 1, 2 ou 3 associations obtiennent des valeurs moyennes proches dans tous les paramètres scolaires. On regroupe donc ces classes dans la classe « 1 à 3 associations ». Finalement, il reste trois super-classes : « 0 », « 1 à 3 » et « 4 ou plus ».

 

Observons donc en premier lieu le classement moyen de chaque super-classe (fig. 3 et tab. 5).

 

http://img833.imageshack.us/img833/5598/83896156.png

Fig. 3

 

Classe

1er quartile

Moyenne

3ème quartile

0

41ème

91ème

141ème

1 à 3

37ème

87ème

128ème

4 ou plus

83ème

120ème

146ème

Total

50ème

99ème

149ème

Tab. 5

 

La classe « 4 ou plus » affiche des performances nettement moins bonnes que les deux autres. On peut ici mettre en cause le poids d’étudiants de fin de classement, exagéré par l’effectif de la classe.

En revanche, la classe « 1 à 3 » obtient un meilleur classement moyen que la classe des non-associatifs. La répartition interne à ces classes se devine grâce aux quartiles : on risque moins d’être en fin de classement quand on possède un profil associatif équilibré que quand on n’est pas associatif. Ce résultat peut surprendre, quand on se rappelle que l’engagement associatif est aussi un investissement en temps et en énergie, qui sont donc perdus pour les études.

 

Si l’on regarde à présent la moyenne générale au lieu du classement (fig. 4 et tab. 6), on observe le même type de répartition et de moyennes. Cela n’a rien d’étonnant au vu des données précédentes, car moyenne générale et classement sont corrélés à près de 90 % sur l’ensemble d’une promotion. [STA]

 

http://img13.imageshack.us/img13/538/72535925.png

Fig. 4

 

Classe

1er quartile

Moyenne

3ème quartile

0

14,11

12,87

11,99

1 à 3

14,27

13,13

12,25

4 ou plus

13,05

12,19

11,46

Total

13,98

12,87

12,02

Tab. 6

 

En revanche, le nombre de passifs des étudiants de la population générale étudiée est corrélé à moins de 40 % avec son classement. Cela provient des nombreuses non-linéarités qui interviennent dans le calcul du nombre de passifs [PR2].

Les données pour le nombre de passifs vont pourtant dans le même sens que pour le classement de chaque classe d’étudiants (fig. 5 et tab. 7). L’effet est même plus visible, car le fait que le passif soit un nombre entier crée des « marches » plus séparées entre chaque valeur de passif.

 

http://img228.imageshack.us/img228/2524/77659406.png

Fig. 5

 

Classe

1er quartile

Moyenne

3ème quartile

0

0

1,38

2

1 à 3

0

0,76

1

4 ou plus

0

2,19

3

Total

0

1,21

2

Tab. 7

 

 

On constate que les étudiants qui sont investis dans 1 à 3 associations ont moins de passifs en moyenne que ceux qui sont non-associatifs. Ceci peut s’expliquer par le fait que la vie associative est un bon moyen de s’investir dans la vie étudiante en général : la classe des non-associatifs pourrait donc être constituée d’étudiants moins investis dans leur école en général, que ce soit pour les associations ou pour les cours.

 

L’investissement associatif a donc ici un effet très marqué (fig. 6). Il permet aux associatifs « 1 à 3 » d’avoir 30 % de risques en moins qu’un non-associatif d’avoir au moins un passif en juillet.

Mais on constate aussi qu’un très-associatif « 4 ou plus » a presque deux fois plus de chances qu’un associatif « 1 à 3 » d’avoir au moins un passif en juillet. Ceci souligne encore une fois l’importance d’avoir une vie associative équilibrée par rapport à sa vie scolaire.

 

http://img338.imageshack.us/img338/3873/63907161.png

Fig. 6

 

 

ii) Validation des hypothèses

 

En répartissant les étudiants d’une promotion selon le nombre d’associations où ils se disent investis, on a vu apparaître des similitudes entre classes qui ont fait apparaître trois super-classes : « 0 », « 1 à 3 » et « 4 ou plus ».

La classe « 1 à 3 » permet d’obtenir en moyenne de meilleurs résultats que la classe « 0 », que ce soit en termes de classement, de moyenne générale, ou de nombre de passifs en juillet. Ceci nous permet de mettre des valeurs sur ce que l’on pourrait appeler une vie associative positive ou négative pour la réussite scolaire.

La distinction étant faite entre ces différents types de vie associative, on rappelle à nouveau que cette étude ne permet pas de faire des prédictions au niveau individuel. Toutefois, maintenant que nous connaissons les super-classes, nous pouvons observer avec quelle fréquence une personne appartenant à chacune de ces classes obtient un classement ou un nombre de passifs donné (fig. 7 et 8).

 

http://img841.imageshack.us/img841/741/55297564.png

Fig. 7

 

http://img441.imageshack.us/img441/4739/38852801.png

Fig. 8

 

 

Discussion

 

Nos résultats montrent un lien au sein de notre échantillon, entre le type de pratique de la vie associative et les résultats scolaires. Les différences observées entre les catégories d’étudiants que nous avons pu distinguer montrent que la vie associative a un effet certain sur la vie scolaire des étudiants, effet dont le sens est fortement lié au nombre d’associations dans lequel les étudiants se disent engagés.

 

 

i) Biais possibles

 

Même si cette étude montre une nette corrélation entre vie associative et performances scolaires, il reste des éléments qui peuvent biaiser ces résultats.

 

 

i-1) Sélection de la population étudiée

 

Cette étude utilise comme population une promotion d’étudiants ingénieurs de première année, en ne considérant que les primo-entrants. Cet échantillon se veut aussi large que possible, tout en s’en tenant à une population étudiant dans des conditions comparables.

Pourtant, même le groupe choisi comprend d’importantes hétérogénéités : les filières d’origine, les nationalités, la situation financière sont autant de paramètres qui divisent les 184 individus considérés. Ces paramètres concernent non seulement la vie antérieure des étudiants, mais aussi leurs expériences vécues lors de l’année que sanctionnent les résultats scolaires étudiés. L’influence de ce genre de paramètres pourrait être prise en compte dans les études faites à l’avenir.

Par ailleurs, on peut se demander ce qu’il en est si l’on choisit une promotion d’étudiants d’école de commerce, ou une promotion d’étudiants ingénieurs de deuxième ou de troisième année. Concernant les managers de première année, il serait surprenant que les résultats diffèrent radicalement : la vie associative est la même que pour la population étudiée ici, et les cours demandent le même temps au cours de l’année scolaire, pour ce qui est de leur correspondance en crédits ECTS. Pour ce qui est des promotions de deuxième ou de troisième année, là encore on peut s’attendre à des résultats comparables, même si les admissions et défections ajouteront un biais supplémentaire.

 

 

i-2) Mensonges

 

Notre étude se base principalement sur les informations portées dans le Yearbook, qui n’est pas infaillible. En effet, on pourrait imaginer des étudiants qui disent faire partie d’associations dont ils ne sont pas membres, ou bien dans lesquelles ils ne s’investissent quasiment pas.

On peut pourtant écarter l’hypothèse que de tels membres fantômes affectent significativement nos résultats. En effet, ce sont des étudiants bien intégrés associativement qui effectuent la collecte de ces informations, de vive voix qui plus est. Ceci constitue un garde-fou certain contre les mensonges, qui peuvent être dans leur majeure partie détectés immédiatement. Par ailleurs, ceci est confirmé par l’absence de déclarations fantaisistes : le nombre d’associations reporté sur le Yearbook connaît bien une borne supérieure placée à 4 associations pour plus de 90 % des étudiants de notre échantillon.

Une dernière justification est de remarquer que les chiffres du Yearbook permettent d’obtenir une mesure uniforme du nombre d’associations pour tous les répondants. Une alternative serait de demander à des connaissances de chaque personne de dire dans combien d’associations est chaque étudiant, mais cette méthode de mesure est alors moins systématique et risque de ne pas être exhaustive [EC].

 

Le fait de ne pas déclarer une association dont on est membre pourrait aussi se rencontrer, notamment pour les associations les moins professionnalisantes ou négativement connotées. Il reste à faire une étude pour vérifier que tous les membres actifs d’une association déclarent bien celle-ci, même si cela semble être le cas.

 

 

i-3) Association et association

 

La vie associative est foisonnante sur le campus où prend place l’étude, et les clubs et associations considérés vont de la Junior-Entreprise au club de light painting. Dans ces différentes associations, différents postes existent qui donnent lieu à plus ou moins de temps consacré à des activités associatives. Autant de facteurs qui font penser que compter le nombre d’associations reporté sur le Yearbook revient à additionner des quantités qui n’ont pas le même ordre de grandeur.

Il reste donc à justifier ce point dans une étude future, qui sera chargée de trouver une méthode pour quantifier l’investissement en temps requis pour chaque association, et d’examiner l’hypothèse selon laquelle ce temps moyen par association est comparable d’un étudiant à un autre.

 

 

i-4) Gestion des non-réponses

 

Dans notre étude, nous avons mené une enquête de terrain pour obtenir le nombre d’associations des étudiants de l’échantillon qui n’ont pas répondu au Yearbook. Les relations au sein de la promotion étant fortement interconnectées même en dehors des associations, les résultats obtenus par cette enquête doivent avoir un degré d’exactitude très élevé. De plus, la collecte de ces informations s’est faite dans les mêmes termes que pour le Yearbook, ce qui permet d’avoir un ensemble de données cohérent.

On pourrait même imaginer à l’avenir ne plus se servir du Yearbook et tirer toutes les informations associatives souhaitées d’une enquête de terrain. L’idée est alors de systématiser l’enquête qui vise à obtenir le nombre d’associations de chaque sujet, en trouvant un critère satisfaisant et objectif d’appartenance à une association.

 

 

i-5) Raisons historiques

 

Dès la rentrée scolaire en première année, la direction de l’école avertit les étudiants de ne pas se consacrer excessivement à la vie associative au détriment des études.

Or en observant la répartition de la promotion par nombre d’associations (fig. 1), on constate que pour les étudiants associatifs, un pic se situe à 2 associations. Ce nombre d’associations est celui qui permet de maximiser ses résultats, mais sans différence significative par rapport au fait d’appartenir à 1 ou bien 3 associations. Cette catégorie se trouve aussi au milieu de la super-classe « 1 à 3 » qui permet de maximiser ses résultats scolaires.

Il semblerait donc que les étudiants associatifs de la promotion étudiée soient assez habiles pour avoir majoritairement su trouver l’optimum pour leurs études, sans doute grâce aux conseils de rentrée de la direction.

 

Un autre aspect est la date à laquelle les performances des étudiants sont évaluées. Pourquoi l’avoir fait en juillet et pas en septembre ou en mars ? Cette période correspond à la fin de l’année scolaire, juste avant les derniers rattrapages. Ceci constitue le moment idéal pour prendre en compte le plus de résultats possibles, tout en ne prenant pas en compte les rattrapages pour lesquels les étudiants ayant du passif ont révisé pendant les vacances d’été. Ceci permet donc de séparer plus nettement les étudiants, tout en ne comparant que des résultats comparables.

 

 

ii) Questions éthiques et conséquences sociales

 

Nos recherches concernant la vie associative des étudiants considérés n’ont utilisé que des informations disponibles publiquement, bien qu’aucune interaction directe entre les sujets et l’étude proprement dite n’ait été nécessaire.

Seule une partie des données scolaires des étudiants est présentée ici. Il s’agit uniquement de données collectives telles que des moyennes, afin de ne pas présenter d’information reliée à des personnes.

 

Les conclusions sont donc d’ordre général ou statistique. Par exemple, il est plus fréquent d’avoir un passif au moins quand on fait partie de 4 associations ou plus. Aux yeux de quelqu’un qui connaîtrait l’investissement associatif d’un étudiant, il est donc possible que la tentation soit forte de prédire quels seront ses résultats scolaires.

Pourtant, on rappelle que cette étude ne permet pas d’établir de causalité ni de faire des prédictions individuelles, et que toute tentative dans ce sens a une certaine probabilité de donner de faux résultats.

 

 

iii) Extension des résultats

 

Comme on l’a vu dans « Sélection de la population étudiée », il peut être intéressant d’effectuer des études comparables pour d’autres types de population, ou pour d’autres années. Peut-être constaterait-on que l’effet positif de la vie associative est plus marqué chez des étudiants en école de commerce, où les relations humaines sont parfois encore plus primordiales que chez des étudiants ingénieurs ? Peut-être constaterait-on que par le passé, la vie associative n’a pas eu un rôle aussi bénéfique pour la réussite en cours ? [JU]

De même, on peut s’intéresser à ces mêmes statistiques, mais portant sur une évaluation des performances scolaires faite à une autre période de l’année. Si l’évaluation est simultanée, on peut penser a priori que toute période convient. Dans ce cas, comme expliqué dans « Raisons historiques », on se contentera de choisir la période qui donne l’évaluation la plus intéressante, et qui est sans doute celle qui a été choisie pour cette étude.

 

 

iv) Suggestions aux étudiants

 

Au vu de nos résultats, le meilleur conseil à donner aux étudiants paraît évident : se placer dans la catégorie qui maximise leurs chances d’avoir des résultats scolaires supérieurs à la moyenne.

Pourtant, on ne saurait affirmer avec certitude qu’une telle rationalisation de sa vie associative est le meilleur moyen d’accéder à de meilleurs résultats académiques. Le fait de s’investir dans une association relève le plus souvent d’un intérêt propre à l’étudiant qui s’y engage, et qui ne peut être contrefait. C’est pourquoi l’on peut s’attendre à ce que ces résultats ne changent véritablement le comportement de personne, et à ce que les mêmes résultats statistiques puissent être observés après la publication de cet article.

Le meilleur conseil à donner aux étudiants est donc d’essayer de profiter des avantages que procure le fait de conjuguer judicieusement engagement associatif et études. En particulier, être curieux et ouvert à ce que les autres peuvent apporter, et apprendre à gérer son temps. Ce sont sans doute ces qualités et d’autres, développées par la vie associative, qui permettent de mieux réussir en cours.

 

 

v) Suggestions aux directions

 

La direction d’une école dans laquelle ces résultats sont exhibés pourra être intéressée par le meilleur moyen d’en tirer profit, afin que le niveau général de ses étudiants bénéficie de la présence d’une vie associative.

On l’a dit, cela est sans aucun doute une bonne chose que la direction prévienne ses étudiants de ces questions dès l’intégration. Une autre action positive est de récompenser le travail associatif par des crédits scolaires, par exemple par le biais d’un passeport bénévole : ceci permet de s’impliquer plus profondément dans une association, et ainsi d’éviter de se disperser tout en acquérant véritablement des compétences utiles. [DBA2]

 

 

Conclusion

 

Dans la vie professionnelle d’un futur cadre, le fait d’avoir été associatif a des chances de compter. Lors des études en Grande École, certains savoirs et certaines compétences  peuvent s’acquérir bien plus facilement par ce biais, et le fait d’y avoir pris part peut donner un avantage certain sur les étudiants qui ont choisi de ne pas s’y consacrer.

Les résultats de cette étude ont donc des causes profondes, qui sont les compétences scolaires ou non-scolaires que l’investissement associatif procure. Ces causes ont elles-mêmes des répercussions lointaines, qui portent bien après la fin des études supérieures.

 

Dans cet article, on a proposé plusieurs études qui pourront être faites dans le futur. Ces perspectives ouvrent d’autres voies pour mieux comprendre ce que l’on a ébauché ici. Il est possible que les résultats de ces futures études en révèlent plus sur les associatifs, en détaillant cette fois-ci plus précisément le type d’engagement associatif considéré.

 

 

Remerciements

 

Ce travail a été inspiré directement par les directions de nos deux écoles, sans qui la nécessité de rétablir les faits concernant les liens entre vie associative et scolarité n’aurait sans doute jamais pu apparaître aussi clairement.

 

 

Notes et références

 

 

[DBA1] Réunion Direction-BDE-Associations du jeudi 23 septembre 2010 : « Vous, les présidents, vous êtes intelligents. Mais tout le monde dans vos associations ne sait pas gérer son temps comme vous ! ».

 

[DBA2] Réunion Direction-BDE-Associations du jeudi 23 septembre 2010 : « Et pourquoi pas une campagne Vintage ? ».

 

[EC] Enquête complémentaire de terrain pour notre étude, lors de laquelle plusieurs étudiants déclarent au sujet du même : « Mais c’est qui celui-là, il est dans notre promotion ? ».

 

[JU] Un diplômé EI91 avait notamment relaté une expérience associative assez peu professionnalisante.

 

[PR1] Premier point de rencontre EI1 2010-11 du lundi 11 septembre 2010 : « Moi en décembre, je sais déjà qui va redoubler ».

 

[PR2] Point de rencontre EI1 d’avril 2010, section « Comment calculer ses passifs ? », planches 8 à 15.

 

[STA] Cours de statistiques de deuxième année, chapitre 5 « Évidences et lapalissades ».

 

[VH] Pourtant, un étudiant manager prétend avoir fait partie de 11 associations pendant sa première année. Enfin, sa première première année, avec les résultats qu’on connaît, donc.

 

[YB10] Yearbook 2010 de Promo2Tel, éditions T&MSP, 10 €.

 

PJ

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